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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 17:30

Françafrique et nucléaire, la bataille de l’uranium

Saint-Denis (93), Vendredi 13 avril : Projection publique - Débat.

 

Projection-débat le Vendredi 13 Avril 2012 à 20h au café le Boyard, 5 rue Gabriel Péri à Saint Denis (M° Saint Denis Porte de Paris)

La sortie du livre « Areva en Afrique – une face cachée du nucléaire français » de Raphaël Granvaud est l’occasion de revenir sur la réalité de l’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire.

Ce mythe repose sur diverses manipulations statistiques, dont la principale est « la question des importations d’uranium qui ne sont pas considérées comme importation énergétique dans les statistiques officielles. (…) Cela va de pair avec une occultation de la part de l’Afrique dans toute l’histoire du développement du nucléaire français, depuis les origines », comme si la France se considérait toujours propriétaire du sous-sol de ses anciennes colonies. Pourtant, depuis 2001, elle importe la totalité de son uranium et environ 30% provient du sous-sol nigérien, exploité par les filiales d’Areva dans des conditions moyenâgeuses profitant de l’ignorance des populations locales.

D’autre part, Mamadou Tandja le dictateur local ne peut se maintenir qu’avec le soutien d’AREVA et de Sarkozy dont l’armée stationnée au Gabon peut intervenir à tout moment dans la région comme elle montre régulièrement au Niger (Septembre 2010), mais aussi au Mali ou en Mauritanie (Juillet 2010).

Pour débattre, tant de la présence d’AREVA que de l’armée française en Afrique occidentale, Alternative Libertaire St Denis et Survie vous invitent à une projection-débat du documentaire « La bataille de l’uranium », le jeudi 13 Avril 2012 à 20h au café le Boyard, 5 rue Gabriel Péri à Saint Denis (M° Saint Denis Porte de Paris)

Source: Alternative libertaire

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 03:47

http://blog.emceebeulogue.fr/public/Moyen-Orient___Asie/.Egypte_des_milliers_place_Tahrir_le_10_fev.__m.jpgPlace Tahrir, au Caire

 

Discours de Chomsky sur la réaction des Etats-Unis aux révoltes populaires qui se sont propagées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à l'occasion du 25ème anniversaire du groupe de surveillance des medias nationaux, "Fairness and Accuracy in Reporting" (FAIR).

(NB: "FAIR", Fairness and Accuracy in Reporting, le groupe new-yorkais de surveillance des médias américains qui vient de célébrer ses 25 ans de publications d'analyses de la censure et du parti pris médiatique qui écarte les points de vue divergents sur les sujets d'intérêt public et sur les avis critiques des groupes politiques ou ethnoculturels).

(Voici les propos tenus par Noam Chomsky sur les enjeux dans le monde arabe à l'occasion de cet événement). 

Noam Chomsky: Les Etats-Unis et ses alliés feront tout pour empêcher l'instauration d'une véritable démocratie dans le monde arabe. La raison en est très simple. Dans toute la région, une majorité écrasante de la population considère que les Etats-Unis sont la principale la menace contre leurs intérêts. 
De fait, l'opposition à la politique U.S. est si forte que l'immense majorité d'entre eux pensent que la région serait plus en sécurité si l'Iran possédait l'arme nucléaire. En Egypte, le pays le plus important, ce taux est de 80 %. Et le pourcentage est pratiquement le même ailleurs. 
Il y en a certains dans la région qui considèrent l'Iran comme une menace – ils sont environ 10 %. Eh bien, il est clair que les Etats-Unis et leurs alliés ne vont pas tolérer que s'installent des gouvernements qui se préoccupent de la volonté du peuple. Si cela devait se réaliser, non seulement les Etats-Unis ne contrôleraient plus la région, mais ils en seraient expulsés. Et donc, c'est de toute évidence un plan intolérable.
En ce qui concerne WikiLeaks, il y avait un point intéressant là-dessus. Les révélations de WikiLeaks qui ont été le plus médiatisées — gros titres, commentaires euphoriques, etc. — c'est que les Arabes soutiennent la politique US vis-à vis de l'Iran. Mais rien sur l'avis de la population arabe - il ne compte pas. 
Si les dictateurs nous soutiennent et qu'ils contrôlent leurs populations, alors, où est le problème? C'est comme l'impérialisme. Où est le problème si ça marche? 
le_Caire_armee_pl_tahrir_Yannis_Behrakis.jpg
L'armée égyptienne veille

Tant qu'ils peuvent maîtriser les populations, tout va bien. Elles peuvent manifester leur haine, nos sympathiques dictateurs les garderont sous contrôle. Cela, c'est la réaction non pas seulement des services diplomatiques du Département d'état ou des médias qui en ont fait état, mais également du cercle intellectuel en général. Il n'y a aucun commentaire là-dessus. En fait, les médias aux Etats-Unis occultent complètement ces sondages (sur l'opinion des populations, NDT). On trouve ça un peu en Angleterre, mais très peu. Ce que pense la population, on s'en fiche, pourvu qu'elle soit contenue. 
Eh bien, à partir de ces observations, on en déduit assez vite quelles politiques vont être menées. On peut pratiquement les énoncer. 
Et donc, quand il s'agit d'un pays riche en pétrole, avec un dictateur fiable et docile, on le laisse faire ce qu'il veut. L'Arabie Saoudite est le pays plus important de cette catégorie. C'est le centre du fondamentalisme islamique le plus puissant, le plus extrémiste et le plus brutal, des missionnaires qui répandent un islamisme ultra-radical comme les jihadistes et pire encore. Mais ils sont dociles et fiables, ils peuvent faire ce qu'ils veulent. 
Une manifestation était prévue en Arabie Saoudite. La présence policière était si importante et si dissuasive que pratiquement personne n'a eu envie de descendre dans les rues de Riyad. Mais là, il n'y avait rien à redire. Pareil au Kowait. Il y a eu une petite manifestation vite réprimée ; sans commentaire. 
En fait, le cas le plus intéressant, c'est, à bien des égards, celui du Bahreïn. Le Bahreïn est important pour deux raisons. L'une, dont les médias ont parlé, c'est que c'est le port d'attache de la 5° Flotte, force militaire majeure dans la région. L'autre raison, plus fondamentale, c'est que le Bahreïn est à environ 70% à majorité chiite, et il est situé juste de l'autre côté de la chaussée du roi Fahd, pont qui le relie au sud-est de l'Arabie saoudite - qui est également à majorité chiite, et qui se trouve être la région riche en pétrole, tout autour de la partie septentrionale du Golfe. C'est-à-dire, qui englobe l'est de l'Arabie saoudite, le sud de l'Irak et le sud-ouest de l'Iran.
Et cela fait longtemps que les stratèges craignent qu'on se dirige vers une sorte d'alliance tacite dans ces régions à majorité chiite qui mènerait à l'indépendance et au contrôle de l'essentiel du pétrole mondial. Ce serait, de toute évidence, intolérable. 
Et donc, pour en revenir à Bahreïn, il y a eu une révolte populaire, des tentes ont été installées sur la place centrale de la ville comme à Place Tahrir. Les forces militaires menées par l'Arabie saoudite ont envahi le Bahreïn, permettant aux forces de sécurité de Bahreïn de réprimer violemment cette révolte, de détruire les camps de tentes et même de détruire le monument central de la place de la Perle, symbole de Bahreïn; ils ont envahi le complexe hospitalier le plus important, expulsé les patients et les médecins; ils arrêtent régulièrement, tous les jours, des défenseurs des droits humains, les torturent, ils (les dictateurs, NDT) se font de temps en temps taper sur les doigts, mais rien de bien méchant. C'est comme le principe de Carothers. Si les actions correspondent à nos objectifs stratégiques et économiques, c'est bien. Nous pouvons avoir un discours noble; mais ce qui compte, ce sont les faits. 
Eh bien, ceux-là, ce sont les dictateurs dociles des pays riches en pétrole. 
Et l'Egypte, me direz-vous, pays très important, mais qui n'est pas un centre de production pétrolière majeur? Eh bien, en Egypte et en Tunisie et dans d'autres pays du même genre, il y a un plan de match, utilisé régulièrement, si couramment qu'il faut être un génie virtuel pour ne pas le remarquer. 
Et quand on a un dictateur privilégié – si vous songez à faire carrière dans le service diplomatique, autant que vous sachiez cela – … quand on a un dictateur privilégié et qu'il rencontre des problèmes, on le soutient le plus longtemps possible, soutien inconditionnel jusqu'au bout. Quand on arrive au point où il n'est plus du tout possible de le soutenir – par exemple, disons, si l'armée ou les milieux d'affaires se retournent contre lui – alors, il faut le faire partir, faire des déclarations fracassantes sur l’amour qu’on porte à la démocratie, puis, chercher à remettre en place l'ancien régime, avec de nouveaux noms, s’il faut. Et c'est ce qui se fait indéfiniment. 
Ca ne marche pas toujours, mais on essaie toujours – Somoza au Nicaragua; le Shah en Iran; Marcos aux Philippines; Duvalier à Haïti; Chun en Corée du sud; Mobutu au Congo; Ceausescu fait partie des favoris occidentaux en Roumanie; Suharto en Indonésie. C'est la procédure habituelle. Et c'est exactement ce qui se passe en Egypte et en Tunisie.
Donc, d'accord, on les soutient jusqu'au bout — Moubarak en Egypte, jusqu'à la fin on l'a soutenu. Ca ne marche plus, on l'envoie à Charm el-Cheikh, on sort le discours, et on cherche à restaurer le régime. C'est, d'ailleurs, la raison du conflit actuel. Comme l'a dit Amy, on ne sait pas comment ça va tourner, mais c'est ce qui se passe.
Et puis, il y a une deuxième catégorie. Cette catégorie c'est celle du dictateur de pays pétrolier en qui on n'a pas confiance, l'électron libre. C'est le cas de la Libye. Et là, la stratégie est différente; il faut chercher à mettre en place un dictateur plus fiable. Et c'est exactement ce qui se passe actuellement. 
Evidemment, il faut faire passer ça pour une intervention humanitaire. C'est un autre principe universel qu’on retrouve pratiquement dans toute l’histoire. 
Pratiquement chaque fois qu'il y a eu recours à la force, quel qu'en ait été l'auteur, il était accompagné du discours le plus noble. Il s’agissait de raisons humanitaires. C'est Hitler qui envahit la Tchécoslovaquie, les fascistes japonais qui dévastent le nord-est de la Chine. C'est Mussolini en Ethiopie. Il n'y a pratiquement aucune exception. Et donc, vous présentez cela et les medias et les commentateurs font semblant de ne pas remarquer qu'il ne contient aucune information, parce que c'est automatique. 
Et donc, mais dans ce cas précis (de la Libye, NDT), ils pourraient ajouter autre chose, qui a été maintes et maintes fois répété dans les médias, à savoir que les Etats-Unis et ses alliés sont intervenus pour répondre à la demande de la Ligue Arabe. Et, évidemment, il faut bien nous faire prendre conscience de l'importance de cette information. Soit dit en passant, la réaction de la Ligue Arabe était mitigée et ils se sont assez vite rétractés parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec ce que nous faisions. Mais passons. 
Au même moment, la Ligue Arabe émettait une autre requête. Voici le gros titre d'un journal: "la Ligue Arabe demande une zone d'exclusion aérienne pour Gaza". Il s'agit, en fait du Financial Times de Londres. 
Aux Etats-Unis, on n'en a pas parlé. Ou, plutôt, pour être précis, le Washington Times en a parlé, mais en gros, l'information a été bloquée, comme les sondages sur l'opinion publique dans les pays arabes, pas le genre d'information à publier. Et donc, comme "la Ligue Arabe demande une zone d'exclusion aérienne pour Gaza" ne correspond pas à la politique des Etats-Unis, nous ne sommes pas obligés de diffuser cette information, et elle a donc été escamotée. 
Maintenant, certains sondages sont publiés. En voici un qui a été publié dans le New York Times il y a deux ou trois jours. Je cite: "Ce sondage montre qu'une majorité d'Egyptiens veulent abroger le traité de paix signé en 1979 avec Israël, et qui a été la pierre angulaire de la politique étrangère de l'Egypte et de la stabilité dans la région"
En fait, ce n'est pas tout à fait exact. Il a été la pierre angulaire de l'instabilité dans la région, et c'est justement la raison pour laquelle la population en Egypte veut l'annuler. Cet accord écartait l'Egypte du conflit israélo-arabe. C'est-à-dire qu'il éliminait le seul moyen de dissuasion à l'action militaire d'Israël.
Et il a permis à Israël d'étendre ses opérations—illégales—dans les Territoires Occupés et d'attaquer son voisin du Nord, le Liban. Peu de temps après, Israël attaquait le Liban, tuant 20.000 personnes, détruisait le Sud-Liban, tentait d'imposer un régime client, mais n'y est pas tout à fait parvenu. Et ça a été compris. Et donc, la réaction immédiate au traité de paix, c'est qu'il y a des éléments que nous n'apprécions pas – il va nous falloir abandonner nos colonies dans le Sinaï, le Sinaï égyptien. Mais il y a un bon côté à ça, également, c’est que le seul moyen de dissuasion a disparu maintenant, nous pouvons donc utiliser la force pour réaliser nos autres objectifs. Et c'est exactement ce qui s'est produit. Et c'est exactement la raison pour laquelle la population égyptienne y est opposée. Ils comprennent cela, comme tout le monde dans la région. 
D'un autre côté, le Times ne mentait pas quand il disait que cela avait conduit à la stabilité de la région.
La raison en est que le terme "stabilité" renferme un sens spécifique – un peu comme démocratie. La stabilité signifie «compatibilité avec nos intérêts ». Et donc, par exemple, quand l'Iran essaie d'étendre son influence en Afghanistan et en Irak, ses voisins, on appelle ça "déstabiliser". Cela fait partie de la menace que constitue l'Iran. Cela déstabilise la région. 
En revanche, quand les Etats-Unis envahissent ces pays, les occupent et les détruisent en partie, c'est dans l’idée d’apporter la stabilité. Et cela, c'est très courant – au point qu'on peut écrire – comme l'a fait l'ancien rédacteur en chef de Foreign Affairs— que quand les Etats-Unis ont renversé le gouvernement démocratique chilien et instauré une dictature brutale, c'était parce qu'il fallait que les Etats-Unis déstabilisent le Chili pour apporter la stabilité.
Eh oui, vous renversez un gouvernement parlementaire, vous y installez une dictature, vous envahissez un pays, et vous tuez 20.000 personnes, vous envahissez l'Irak et vous tuez des centaines de milliers de personnes – tout ça, c’est pour apporter la stabilité. L'instabilité, c'est quand quelqu'un vient de mettre en travers de votre chemin. 

Traduction: ''emcee, des bassines et du zèle''

©des bassines et du zèle

NB: les illustrations ont été ajoutées

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 16:24

 

Projection, débat, repas, concert. Le 8 janvier 2011, salle René Rieu (chapelle du CREA) à Millau (Aveyron).

 

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- 16h45 : Projection du film "Rouge Bandit" suivi d’un débat sur le banditisme et les luttes anti-carcérales avec Charlie Bauer.

- Stands militants : SEL (Solidaires, Ecologistes et Libertaires), No Pasaran 12, CNT 12, ON’YVA, Radio Larzac, Librairie Plume(s).

- Repas à prix libre.

- 21h00 : Concert. La Fibre (rap rouge et noir), La Ligue Anti-Proprios (anarcho-punk) et La Société Elle A Mauvaise Haleine (punk-rock)

SAMEDI 08 JANVIER à 16H45 Salle René Rieu (CREA), à Millau (Aveyron).

Entrée libre

- Plus d’infos sur cet évènement
- No Pasaran Aveyron (12)
- Solidaires, Ecologistes et Libertaires - Millau



Solidaires, Ecologistes et Libertaires

(réseau anti-productiviste, autogestionnaire, anti-patriarcat et anti-clérical du sud-Aveyron)


www.graindesel.fr.gd

 

 

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Projection, débat, repas, concert. Le 8 janvier 2011, salle René Rieu (chapelle du CREA) à Millau (Aveyron)

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 13:24

 

Soirée ciné libertaire organisée par No Pasaran 12 

La Vague

 

 
La Vague, film de Denis Gansel

Dans le cadre d'un atelier, un professeur de lycée propose à ses élèves une expérience visant à leur expliquer le fonctionnement d'un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôle grandeur nature, dont les conséquences vont s'avérer tragiques.

Note de No Pasaran 12 : 
Ce film montre trés bien les mécanismes de soumission/dilution de l'individu au sein du groupe et ses conséquences. Une réflexion moderne et efficace sur toutes les formes de fascisme.

 
 
No Pasaran 12
" Contre le bruit des bottes ... et le silence des pantoufles "
www.nopasaran12.new.fr
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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 13:19

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 13:30

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 18:01

 

 

 

 

Charles Piaget, Georges Ubbiali, « « On n’imagine pas tout ce que 68 peut faire pour nous ! » », L’École Émancipée, mai 2008, p. 14-15.

In La Brèche numérique, mis en ligne le 14 avril 2010, consulté le 15 avril 2010. URL : http://www.preavis.net/breche-numer...

  • ÉÉ : Hier soir tu étais aux Rousses dans le Jura, demain tu seras à la fête de LO à Montbéliard pour présenter le film de Christian Rouaud, Lip, l’imagination au pouvoir. Quel bilan tires-tu de cette activité ?

Charles Piaget : Je suis déjà allé dans 62 villes ou villages pour présenter le film. D’autres copains et copines y sont allés aussi. Ce qu’on peut dire, c’est que le conflit Lip a encore une grande résonance. Hier aux Rousses, il y avait plus de 100 personnes. Le public se compose de deux types de gens. D’une part des anciens qui ont été actifs au moment du conflit. C’est toujours un plaisir de découvrir ceux qui ont soutenus notre grève des années après, des syndicalistes, des militants qui ont vendu des montres, sortis des tracts, populariser notre il y aussi des plus jeunes qui sont interpellés sur ce que le conflit dit sur aujourd’hui. Est-ce que ce genre de combat est encore possible maintenant ? Ça suscite beaucoup de réflexions. Bien sûr, on nous pose aussi des questions sur ce que sont devenues les coopératives. On voit aussi qu’il existe des associations qui se battent sur le terrain de la culture, du cinéma populaire. Mais c’est vrai que pour les plus jeunes, il y a une sacrée distance par rapport à l’expérience de Lip. Rien que sur la place du syndicalisme, on est vraiment dans un autre monde. Aujourd’hui, ce qui reste du syndicalisme est cantonné à l’entreprise. Et on a plein de gens qui sont dans des associations, qui couvrent ce que faisait avant le syndicalisme. Donc se pose la question des alliances entre le mouvement social, associatif et le mouvement syndical.
Et puis, les gens parlent aussi de leurs luttes. Moi j’apprends beaucoup sur des mobilisations dont on n’entend pas toujours parler. La question de la démocratie dans la lutte interpelle beaucoup de gens.

  • ÉÉ : On fête le quarantième anniversaire de 68 cette année. Qu’est ce que ça t’inspire ?

CP : Ah moi, j’ai une analyse de 68 aux antipodes de celle de Sarkozy. C’était un formidable mouvement. Ça a bouleversé la manière de se battre. Tu ne peux pas imaginer tout ce que 68 a apporté. Dans les familles, c’était l’autorité du père et des parents. On a maintenant un tout autre rapport avec les enfants. C’était une lutte extraordinaire pour les jeunes. Les moeurs étaient inimaginables. La religion en a pris un sacré coup. 68, c’est la libération de toutes les tutelles, celle du père, de l’école, de la famille... et même du syndicat ! Je me rappelle que le directeur de l’Horlogerie m’avait fait venir car un de mes fils avait participé au mouvement. Pour lui, c’était le monde à l’envers. Des gosses qui faisaient grève, inimaginable ! Bien sûr, on était en province. D’ailleurs, la bourgeoisie et le patronat ont vite compris cette aspiration. Leur réponse, ça a été le projet « Nouvelle société » de Chaban-Delmas. Le patronat voulait modifier les formes de l’autorité pour mieux gou- verner les salariés. Oui, 68, c’était l’émerveillement. Et puis, après, on a eu la nuit, à la fin des années 70. Après ça, ça a été le patronat à l’offensive. Sarkozy traduit ça d’ailleurs. Pour lui, ce serait une horreur que reviennent ces temps bénits.

  • ÉÉ : À Lip, comment a été vécu 68 ?

CP : Eh bien, la grève n’a pas touché l’usine dans les premiers jours. Je me rappelle qu’avec les copains de la section CFDT, on s’était réuni tout le week-end pour préparer le mouvement le lundi. On arrive à l’usine à 7h et quelle ne fut pas notre surprise de voir les camarades de l’UL-CGT avec des manches de pioches empêcher les travailleurs d’entrer. Même les copains de la section CGT n’étaient pas au courant ! Alors, on a dit non, on veut rentrer dans l’usine. On veut faire une réunion de tout le personnel. C’est à eux de décider. Alors, on a été à la cantine. Le Fred Lip, le patron a envoyé les cadres qui étaient dans la salle. Les délégués ont pris la parole et expliqué la situation nationale. On a ensuite lancé un débat. Mais personne n’a pris la parole. Les gens avaient peur de s’exprimer devant les cadres. On a alors proposé d’arrêter l’AG et de se réunir par ateliers, les fraiseurs avec les fraiseurs, les bureaux avec les bureaux, etc. Les délégués passaient d’un groupe à l’autre pour répondre aux questions. Et là, ça discutait pas mal. Au retour, on a expliqué clairement le sens du vote et il y a eu un vote massif pour la lutte. C’était tellement massif que même certains cadres n’ont pas osé voter contre, de peur de se faire remarquer. Et on a organisé un comité de grève, avec des représentants des différents secteurs. On était bien une trentaine. Il y avait aussi des non-syndiqués. Il faut savoir qu’en 68, on avait seulement 30 % de syndiqués à Lip. Mais cette expérience a été utile parce qu’on a retrouvé plusieurs membres du comité de grève dans le conflit de 73. On a proposé aussi que se mettent en place des cahiers de revendications, par ateliers. Et ça a été formidable. Les gens causaient, causaient. Je me rappelle, dehors, il y avait des délégations des autres entreprises déjà en grève. Ils nous voyaient à travers les baies vitrées et ils se demandaient ce qu’on faisait. On a dit aux chefs, vous pouvez rester dans l’usine, mais vous ne quittez pas les bureaux. Sinon, on vous vire. Immédiatement le Fred Lip a voulu rencontrer les délégués. Mais on a refusé en disant qu’il aurait fallu qu’il le fasse avant. Maintenant, on était dans l’action. Et on a occupé l’usine pendant plusieurs jours. Mais une des limites, à mon avis, c’est qu’on est resté enfermés dans l’usine. Et sur la pression des copains de la CGT, on n’a pas ouvert aux délégations d’étudiants. Nous on aurait bien voulu, mais la CGT a emporté la majorité sur ça. On s’en est souvenu en 73. A la fin de la semaine, on a obtenu un accord avec la direction. Un bon accord d’entreprise. Alors, on s’est dirigé vers la reprise.

  • ÉÉ : Mais toi, tu as vécu le conflit largement en dehors de Lip, je crois ?

CP : Moi, j’ai été un des rares à ne pas rester dans l’usine. Il y avait aussi Roland (Vittot, un autre dirigeant de la section CFDT). Tous les matins, on allait à l’UL-CFDT. C’était très bien organisé. On allait donner un coup de mains dans les différentes boîtes qui demandaient un renfort syndical. J’ai vécu des aventures extra-ordinaires. J’ai été à Yema (une entreprise d’horlogerie). J’arrive, le patron et Gaston Bordet (un militant du Sgen) étaient sur un muret en train d’haranguer les ouvriers. C’est là que tu comprends le pouvoir patronal. Rien que par sa présence, il terrifiait les salariés. Finalement, on a réussi à emporter l’adhésion et la grève a commencé. Tu ne peux pas imaginer ce que signifiait la grève pour les patrons. J’ai vu plusieurs fois des patrons s’armer. Le Fred Lip avait un gros pistolet dans son bureau. Il l’a sorti devant les cadres en disant qu’il était prêt à en faire usage... Moi-même, j’ai eu un fusil de chasse pointé sur moi par un petit patron. J’arrive chez Cheval (entreprise d’horlogerie bisontine) et je ne vois personne. Les ouvriers étaient tous au fond du hall, apeurés. La porte s’ouvre et je me retrouve avec un fusil pointé sur le ventre. On a réussi à le calmer et finalement les travailleurs ont rejoints le mouvement. Mais tu ne peux pas imaginer les rapports sociaux qui soudain se dévoilaient. Je me rappelle d’une entreprise de fabrique de ressorts (pour l’horlogerie) à Tarragnoz (quartier de Besançon). Les gars avaient décidé de rejoindre le mou- vement, mais avaient demandé une aide syndicale car il n’y avait pas de section. On discute et ils me montrent leurs fiches de paie. Et là, qu’est ce que je vois, des amendes à foison. Amende pour foret cassé, pour lampe grillée... Je vais voir le patron et lui dit que les amendes étaient supprimées depuis le début du siècle. Jamais personne n’avait contesté ça. Il y avait de quoi écrire des dizaines de cahiers de revendications.

  • ÉÉ : Et le lien avec le mouvement étudiant ?

CP : Ça, c’est une difficulté. Moi, je ne suis quasiment pas allé à l’Université, j’étais à l’UL. Roland y a été quelques fois. Certes, on discutait un peu aux manifs, mais globalement, je suis totalement passé à côté du mouvement étudiant. Pourtant, les étudiants, ils sont venus nous voir à l’usine. Mais on n’a pas pu les recevoir. Je ne dis pas qu’on leur était acquis, mais en plus la CGT ne voulait pas en entendre parler. Les étudiants ont tout déclenché. Ils ont montré que le pouvoir n’était pas une forteresse.

  • ÉÉ : Tu étais également militant au PSU...

CP : Oui, bien sûr, mais tu sais durant tout le conflit on était à 90 % syndical et finalement assez peu politique. Je me rappelle le contentement du Fred Lip après les législatives et la chambre bleue horizon qui en était sortie. Il nous a attaqué durant un comité d’entreprise là-dessus. Et nous, on a rétorqué que ça n’avait pas beaucoup d’importance car on avait découvert une force ouvrière. Il n’a d’ailleurs pas insisté. Je rappelle d’ailleurs que l’on avait fêté le 1er mai 67 en salle, tant nous étions peu nombreux. Et voilà que d’un coup, tout explose. C’est comme aujourd’hui, on ne sait pas. On est peut-être sur une marmite...

ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES : Charles Piaget est né en 1928. Jeune ouvrier horloger, il est embauché au sortir de la seconde guerre mondiale chez Lip, la plus importante des entreprises de l’horlogerie bisontine. Il adhère à la CFTC, dont son beau-frère est un responsable. Avec quelques autres, il participe à l’ouvriérisation de la centrale chrétienne qui se transforme en 1964 en CFDT. Parallèlement, il est militant du PSU dès sa création. Le conflit Lip en 1973 est la première réponse ouvrière au développement du chômage. Face à un plan de licenciements, les ouvriers occupent l’usine, se saisissent des stocks, remettent en marche l’outil de production, organisent des paies sauvages. Le conflit durera jusqu’au début de 1974 par une reprise, sans licenciement. Cependant, en 1976 ; l’usine dépose de nouveau son bilan. Face à l’impasse et aux blocages, la décision est prise de lancer des coopératives. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 n’empêchera pas les différentes structures coopératives de perécliter les unes après les autres, sans soutien des pouvoirs publics. Epuisé, moralement éprouvé, familialement atteint, Charles Piaget part en préretraite. Durant dix ans, il disparaît de la scène sociale. C’est par le biais de la création d’AC ! et de la lutte contre le chômage en 1994 que Charles recommence à militer. Depuis cette date, il est un des animateurs locaux d’AC !

Interview réalisée le 16 mars 2008 par Georges Ubbiali.

 

 

source : Paris Indymedia

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 15:53

 

 

Le CEDRATS a le plaisir de vous inviter à participer à la rencontre/débat : "Proudhon l'enfant terrible du socialisme" le samedi 10 avril à 17 heures (...) LIRE LA SUITE

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