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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 22:36

 

 

Après la mort du responsable des tueries de Toulouse et de Montauban, la récupération politicienne ne chôme pas, pour diffuser son modèle autoritaire. Sarkozy annonce aujourd'hui jeudi 22 mars un énième renforcement de sa politique répressive sur fond d'« antiterrorisme ». Sauf qu'il ne s'agit plus d'un replâtrage, mais ni plus ni moins que d'inscrire dans le code pénal la consultation de sites « extrémistes ».
Cette proposition, si elle était votée par le parlement et validée par le conseil constitutionnel, instituerait de fait unesurveillance généralisée des internautes (sites internet visités, fréquence...) ; soit par l'État, soit par les fournisseurs d'accès, ce qui reviendrait au même. Bref, le flicage total, à faire passer Big Brother (déjà très jaloux) pour un petit joueur.
Sans compter que la condamnation ne porterait plus sur des faits terroristes, mais sur une intentionnalité présumée. Une personne soucieuse des libertés et qui, par exemple, surveillerait régulièrement un site promouvant la haine, pourrait ainsi être condamnée, sans parler des journalistes indépendants.
Jamais un État dit « démocratique » n'a fait adopter une telle loi. La mesure existe certes déjà, dans le cadre de la répression de la pédophilie ; mais cette disposition n'intervient qu'après coup, souvent par analyse de l'historique de navigation trouvé sur un ordinateur saisi. Ces déclarations sont donc extrêmement graves.
De plus, le flou délibéré des termes employés est pour le moins inquiétant en termes de possibilités répressives :
« Désormais, toute personne qui consultera des sites internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et la violence sera punie pénalement »
Sarkozy ne risquerait-il pas de tomber sous le coup de ses propres imprécations contre la « haine », avec ses propos sur la « viande halal », sur le « trop d'étrangers » ? Sans parler de son inénarrable ministre Guéant et de sa petite musique sur la « délinquance roumaine », ou « l'inégalité des civilisations »... Quant à la « violence », nul n'ignore qui en détient actuellement le monopole écrasant. Qui est légalement armé dans ce pays, perpétrant ici ou ailleurs des violences à l'égard des populations ? Que dire de l'enfermement et les expulsions, par dizaines de milliers, de personnes dont le seul tort est d'être nées pauvres ? Un chef de l'État donnant des leçons sur la « violence », c'est une sinistre farce.
« Toute personne se rendant à l'étranger pour y suivre des travaux d'endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera puni pénalement »
Qu'est-ce que le terrorisme ? Ce terme a toujours aussi désigné les adversaires au pouvoir ; c'était le mot employé par Vichy contre les résistants... S'il s'agit de recourir à la violence et à la peur pour imposer une vision par la force, on peut d'ailleurs tout aussi bien dire que l'État, ou encore le capitalisme sont des systèmes sociaux terroristes à l'échelle de la planète. Jamais en effet une institution n'aura perpétré, à travers toute l'histoire, autant de morts dans le monde que l'État, et de façon si systémique. En-dehors même des guerres atroces que ses crises ont provoquées, le capitalisme est fondé sur les postulats de la compétition généralisée de tous contre tous, sur le profit et l'exploitation institutionnalisés par le salariat, ayant pour conséquences misère et chômage structurels et de masse, mutilations, suicides et morts au travail. Et surtout, rareté instituée des marchandises par le prix et la spéculation, c'est-à-dire la privation délibérée d'une partie de la population mondiale quant à l'accès aux richesses qui existent pourtant suffisamment pour tous. Ce qui condamne des dizaines de millions de gens chaque année à mourir de faim à travers toute la planète, et près d'un milliard de personnes à être en sous-nutrition, quand la planète produit de quoi nourrir deux fois l'humanité toute entière. Ainsi, si Sarkozy se déplace pour rencontrer ses homologues et faire appliquer les désastreuses préconisations du FMI et des banques à des pays entiers, ne tombe-t-il pas sous le coup de ses déclarations sur les « voyages » pour « travaux d'endoctrinement » ?

« Avec le Premier ministre (François Fillon), j'ai demandé au garde des Sceaux (ministre de la Justice) de mener une réflexion approfondie sur la propagation de ces idéologies dans le milieu carcéral »
On touche là aux sommets de l'ignominie. Qui n'a eu de cesse toutes ces dernières années, au mépris de toute dignité humaine, d'entasser toujours plus de pauvres dans ces mouroirs que sont les prisons françaises si sinistrement réputées en Europe, où peines longues, isolement, humiliations et sévices imposés par l'arbitraire de l'administration pénitentiaire, sont le lot de dizaines de milliers de prisonniers ? Sans parler de l'arsenal judiciaire répressif des peines planchers, de la détention préventive, de la répression des mineurs, etc. Quelle politique honteuse mène aujourd'hui tant de taulards au désespoir, à la folie, à la haine, sinon à la mort ?
« La propagation et l'apologie d'idéologies extrémistes seront réprimées par un délit figurant dans le code pénal, avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte antiterroriste »
On touche là au ponpon du flou répressif tous azimuts. Qu'est-ce qu'une idéologie « extrémiste » ? Sarkozy comparait, au Salon de l'Agriculture en 2011, les affiches gentillettes de France-Nature-Environnement aux dérives des extrémistes islamistes ( !!!) Du coup, cette annonce peut sans nul doute s'appliquer à nombre de personnes, notamment militantes politiques et associatives (Hollande lui-même n'a-t-il pas été qualifié récemment par Sarkozy de vouloir une « épuration » ?) Sans nul doute, en bonne place déjà dans le collimateur, les anarchistes et plus largement les révolutionnaires. Le simple fait de dénoncer les violences institutionnalisées que sont patriarcat, État et capitalisme, et de défendre la réappropriation sociale des décisions, a toujours conduit à la répression. On le sait, la dénonciation de la propriété privée ‹ sanctifiée par les droits de l'homme riche ‹ constitue un crime impardonnable pour la bourgeoisie et ses défenseurs zélés.

Sans nul doute, si ces annonces étaient appliquées dans les termes aujourd'hui prononcés, il s'agirait non seulement d'un retour aux lois scélérates, mais d'un  basculement dans une dictature de type fasciste.
Pour en revenir au tueur de Toulouse et de Montauban, il est évident pour nous que le fascisme, pas plus hier qu'aujourd'hui, ne peut se combattre par le recours à la répression d'État. L'État sécrète lui-même, de par sa nature toujours plus autoritaire, la discrimination et la haine, la misère de l'exploitation, la violence instituée. C'est par la lutte pied à pied, au quotidien, contre les violences institutionnelles, et par la solidarité, que nous ferons reculer le fascisme... et ce qui le nourrit.
Juanito, groupe Pavillon Noir, Fédération Anarchiste 86

 

 


Un autre article du site Les mot sont importants :

On le constate une nouvelle fois avec l’opportune arrestation, sous l’œil des caméras, de supposés « islamistes radicaux » : les grosses ficelles électorales ne s’usent pas facilement. Mentor de Nicolas Sarkozy, l’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua était un expert en matière d’enfumage médiatique. Dix-huit ans avant l’Affaire Mohamed Merah, dans les mois qui précédèrent l’élection présidentielle de 1995, celui qui aimait « terroriser les terroristes » multiplia les opérations « anti-islamistes » à grand spectacle. Il lança notamment, en août 1994, l’affaire de Folembray (Aisne) : l’internement illégal dans une caserne de gendarmerie désaffectée d’une vingtaine d’étrangers, qu’il accusait d’être les « complices de terroristes » algériens, puis leur expulsion manu militari vers le Burkina Faso. Ces « islamistes » n’ont pourtant jamais été condamnés par la justice. Et pour cause : ils n’ont jamais été poursuivis.

Mauvais traitements, internements, expulsions : dans la lutte contre l’« islamisme », les autorités n’hésitent pas à jouer avec les limites de l’Etat de droit. Il y a dix ans, Charles Pasqua expulsait une vingtaine d’étrangers après les avoir embastillés pendant un mois dans une caserne désaffectée. Le ministre de l’intérieur les accusait d’être les « complices de terroristes » algériens, mais leur culpabilité n’a jamais été établie. Retour sur l’affaire de Folembray de l’été 1994.

Si l’expulsion d’« islamistes » était un art, le feuilleton de Folembray d’août 1994, mis en scène par Charles Pasqua, figurerait certainement parmi les chefs-d’œuvre oubliés. Avant d’être envoyées au Burkina Faso, une vingtaine de personnes sous le coup d’une « expulsion en urgence absolue » passeront un mois derrière les grilles de la caserne de gendarmerie de cette petite ville de l’Aisne, sous le regard des caméras de télévision et des objectifs des photographes.

Tout commence le 3 août, avec l’assassinat de cinq Français à Alger, qui plonge la France dans la « seconde guerre d’Algérie ». Profitant des circonstances, M. Pasqua, ministre de l’intérieur depuis 1993, engage une politique à grand spectacle articulant lutte contre l’islamisme et gestion sécuritaire de l’immigration. Outre l’interdiction de quelques publications islamistes et l’expulsion d’un imam turc immédiatement arrêté par les autorités d’Ankara, il lance une opération de contrôle d’identité sans précédent dans les « quartiers sensibles » (27 000 vérifications en deux semaines) et réquisitionne la caserne désaffectée de Folembray, dans l’Aisne  [1], où il transfère quelques « islamistes » algériens résidant en France en situation régulière.

A l’époque, le gouvernement de Edouard Balladur est divisé sur l’Algérie. A l’instar des Etats-Unis et de plusieurs pays européens qui se montrent plutôt accommodants avec le Front islamique du salut (FIS), privé de sa victoire électorale en 1992, Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, souhaite une prise de distance avec un pouvoir algérien bien peu démocratique et l’instauration d’un dialogue dans lequel ceux que l’on commence à appeler les « islamistes modérés » pourraient avoir leur place. Pour M. Pasqua, au contraire, l’« islamisme modéré » est une « fumisterie » : il y a d’un côté les « modérés » et de l’autre les « islamistes », avec lesquels aucun dialogue n’est possible (Europe 1, 4 août).

Invité sur TF1 et sur France 2, il accuse les internés de Folembray d’être les « complices de terroristes » et tance les journalistes qui leur donnent quelques secondes de parole.« Vous ne croyez pas que vous en avez déjà assez fait ?, déclare-t-il sur France 2, le 5 août. Nous avons affaire à des gens qui sont les complices de terroristes et d’assassins !n’ont pas respecté les règles élémentaires de l’hospitalité. Ils ont l’air d’être mécontents d’être chez nous ? Mais qu’ils s’en aillent ! »

En réalité, l’impertinence des médias reste limitée. Les JT, qui brodent sur le thème du « péril islamiste », ne contredisent en rien la ligne politique du ministre. L’aplomb de M. Pasqua suffit à convaincre les rédactions de la dangerosité des « intégristes » de Folembray. Sans préciser la nature de leur « complicité », le ministre se contente de dire que « la France est un Etat de droit. Il ne suffit pas de soupçonner pour pouvoir interpeller, ou assigner à résidence, ou expulser : il faut avoir des preuves. Quand nous les avons, nous intervenons » (TF1, 4 août).

« Qu’on en finisse avec eux ! »

Source : Les mots sont importants

 

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Published by OFFENSIVE LIBERTAIRE - dans ACTU NATIONALE
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